Coin web de Frédéric Péters

Vendredi Ă  Saint-Denis

Signe avant-coureur que je n'avais pas toute ma tête, jeudi matin, je m'étais rendu compte de l'oubli de l'alimentation de mon ordi, tranquillement posée sur mon bureau quand je m'en trouvais déjà à quelques centaines de kilomètres. Événement rare quand même, la dernière fois c'était il y a des années, un soir de Pâques, orthodoxe je crois, une soirée bien chargée en aventures.

Mais le présent, c'est vendredi soir, Paris, consciencieusement je ferme portes et volets du bureau, et à 19h30 m'en vais prendre le RER à Denfert, espérant bien arriver à la gare du Nord le peu de temps à l'avance permettant de trouver sandwich ou boule de pain, peu importe mais de quoi manger avant Bruxelles.

Étonnamment de monde pour cette heure, et à Châtelet ça en devient même une caricature de métro tokyoïte. Ça prend de temps de décharger-charger, je commence à m'inquiéter du bout de pain que j'espérais. Je me demande aussi quelle galère ça va être à Gare du Nord pour sortir, on y arrive et de fait galère, ça se pousse, ça se bouscule, me voilà sur le quai, une main sur la poche du pantalon, merde merde merde je n'y sens pas mon portefeuille, oh galère me revoilà, le RER n'est pas encore reparti, j'y retourne, il est juste bondé, j'ajoute du mien, les portes arrivent à se fermer, je demande aux passagers avoisinant s'ils ne verraient rien sur le sol, la question remonte jusqu'au siège où j'étais assis mais sans succès, niquedouille, oh misère.

Et le RER qui roule sans donner l'impression de vouloir s'arrêter, est-ce un spécial qui s'en va direct à Charles de Gaulle ? Il m'y laisserait bien marri, je veux un train, pas un avion !

Non, il s'arrête enfin, Saint-Denis, Stade de France, c'était donc ça, soir de match, des milliers de Français pas revanchards pour un sou vont voir leur équipe de foot. Quant à moi je fais demi-tour, me pose sur le quai d'en face et attend.

Pour me rendre compte rapidement que non, le RER qui retourne à Paris ce n'est pas cette voie mais une autre, là, de l'autre côté, comment y arriver ? Descendre, portique, pas bon le billet, les haut-parleurs de la station le rappellent, les tickets T ne sont pas valables ici, le dernier train est à vingt-trois heures quelque chose, pour votre sécurité bla bla bla, je suis maintenant bloqué.

Heureusement le RER suivant n'est pas long à arriver et resquilleur me voilà glisser dans le portique qu'ouvre le passage d'un autre que moi, merci et au suivant, il me faut remontrer sur le bon quai maintenant, facile ici, défaut mécanique ou électronique je passe par un portique entrouvert. 20h13, prochain train 20h19, six minutes pour respirer, six minutes pour me traiter de tous les noms quand je me rends compte que mon portefeuille, il est rangé dans une poche de mon sac. Mais quel con, mais quel con, et mon Thalys qui part à 20h25…

Coup de chance quand même j'ai l'impression qu'à 20h17 le RER est là, allez il repart, peut-être trente secondes de gagnées mais gare du Nord 20h33, et la course, et merde non, mon billet a plié sous mes nerfs tout à l'heure et à nouveau le passage de portique doit se faire en douce, aucune patrouille de la RATP et voilà je n'ai plus d'obstacle, je peux courir, je n'ai d'ailleurs rien d'autre à faire, tiens un Thalys à quai, marqué 20h35, je me serais trompé ? Non, 20h25 celui d'à côté, j'arrive à la première voiture, première classe bien sûr, non vous ne pouvez pas monter, je passe, je coure, voiture cinq, c'est bon je saute dedans, les portes ne se ferment même pas juste derrière moi.

6 septembre 2010, 10:13